Le métier de pharmacien consultant/référent
En France, la iatrogénie médicamenteuse serait responsable de 10% des hospitalisations chez les sujets âgés*, et de près de 20% chez les octogénaires. Une partie non négligeable de cette iatrogénie est considérée comme évitable[1]. Face à un constat similaire, les États-Unis d’Amérique ont instauré depuis 1987, l’obligation pour les Etablissements d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD), de faire appel aux services d’un pharmacien consultant chargé de faire un bilan pharmaceutique pour chaque patient au moins une fois par mois[2]. Il a fallu attendre 2008 pour voir naître une fonction similaire en France. En effet, le principe du pharmacien référent a été introduit par la Loi n°2008-1330 du 17 décembre 2008, complétant l’article L.5126-6-1 du code de la santé publique. Le pharmacien référent/consultant est chargé de participer à la bonne gestion et bon usage des médicaments destinés aux résidants, en collaboration avec les autres profession[3].
Ainsi, selon l’American Society of Consultant Pharmacists, le rôle du pharmacien consultant est de s’assurer que les médicaments du patient sont les plus adaptés, les plus efficaces, les plus sûrs et qu’ils sont utilisés correctement. Il doit identifier, résoudre et prévenir les problèmes liés aux médicaments (PLM) qui pourraient interférer avec les objectifs thérapeutiques et la sécurité du patient [4]. La fondation Pharmaceutical Care Network Europe définit les problèmes liés aux médicaments comme « tout événement ou situation impliquant la pharmacothérapie interférant potentiellement ou réellement avec les objectifs de santé »[5]. Les causes PLM sont nombreuses, elles peuvent être liés au choix d’un médicament (inapproprié, contre-indiqué, pas d’indication, omission d’un médicament…), à la forme galénique, à la posologie, à la durée du traitement, au mode d’utilisation du médicament (par le patient ou le personnel de soins), à la logistique (erreur de dispensation, rupture de stock..)…[5] La prescription de médicament inadaptés est significativement corrélée avec le risque d’accidents iatrogènes[6]. La revue de la pharmacothérapie par le consultant, en collaboration avec le médecin, a pour but de prévenir ces événements néfastes. Afin de remplir avec succès la fonction de pharmacien référent, outre une indispensable formation en gériatrie, il est essentiel que ce dernier soit indépendant du pharmacien dispensateur afin d’éviter tout conflit d’intérêt.
* Personnes de plus de 75 ans, ou de plus de 65 ans et polypathologiques [1].
[1] Legrain S. Consommation Médicamenteuse chez le Sujet Agé – Consommation, Prescription, Iatrogénie et Observance. 2005. HAS. Lien. Consulté le 06/07/2010.
[2] The Lewin Group. CMS Review of Current Standards of Practice for Long-Term Care pharmacy Services. Long-Term Care Pharmacy Primer. 2004. 38p. Lien. Consulté le 06/07/2010.
[3] LANCRY PJ. Mission préparatoire à l’expérimentation de la réintégration du budget médicaments dans le forfait soins des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. 2009. Lien. Consulté le 06/07/2010.
[4]American Society of Consultant Pharmacists, ASCP Fact Sheet. Lien. Consulté le 06/07/2010.
[5] Pharmaceutical Care Network Europe Foundation, The PCNE Classification V 6.2, Classification for Drug related problems. Lien. Consulté le 06/07/2010.
[6] Schuler J, Dückelmann C, Beindl W, et al. Polypharmacy and inappropriate prescribing in elderly internal-medicine patients in Austria. Wien. Klin. Wochenschr. 2008;120(23-24):733-741. Lien vers le résumé.
